Pour La Dignité de la Femme

Pour La Dignité de la Femme

la femme est l'avenir de la crise, publié par le Figaro Magazine

Voici un article intéressant et qui lie le thème de la nouvelle alliance à l'actualité brûlante de la crise financière. C'est le Figaro Madame qui publie cette enquête avec un sondage très révélateur. L'article comporte plusieurs entretiens très brefs dont celui de Christine Lagarde..
 
LA FEMME EST L'AVENIR DE LA CRISE

Dans la finance, ce ne sont pas des figurantes. D'abord une ministre mais aussi une multitude d'expertes qui s'imposent en France et dans le monde, des salles de marché aux grandes écoles. Selon notre sondage exclusif Madame FigaroCSA 84% des Français feraient même plus confiance aux femmes pour sortir de la tourmente. Et incarner une nouvelle élite ? Décryptages et témoignages.

Paru le 27.11.2008, par Viviane Chocas et Morgane Miel

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Depuis deux mois que la crise financière a pris des allures de vertige dans les médias, ce ne sont que des voix graves, des costumes et des expertises qui se conjuguent au masculin. Absentes, les femmes du monde de l'économie et de la finance ? Sûrement pas. À commencer par la ministre française en charge du dossier, une femme, la seule parmi vingt-sept homologues européens. Certes(archi) minoritaires, notamment aux grands postes de direction, elles existent pourtant bel et bien dans les salles de marché, dans les banques, les fonds d'investissement, les facs d'économie, les grandes écoles qui forment les courtiers ou les experts de demain. Et nous avons voulu les entendre. Quelle est leur analyse de la tempête ?

La panique des semaines précédentes, l'emballement du système tiennent
en deux points : des banques ont prêté au-delà du raisonnable à beaucoup qui ne devaient pas emprunter, et distribué des produits dérivés aussi opaques que sophistiqués en masquant des risques redoutables. Le court-termisme et la course au profit sans retenue ont tout emporté sur leur passage. Alors posons la question qui dérange : si l'économie était davantage tenue par les femmes, les choses se passeraient-elles mieux ? Les femmes peuvent-elles apporter d'autres
solutions à la crise, alors que les modèles d'hier s'affaissent dangereusement ?

UNE NOUVELLE ÉLITE À VISAGE HUMAIN
La réponse des Français interrogés par le CSA pour Madame Figaro est sans appel. Hommes et femmes confondus, à 84 % ils souhaitent voir plus de femmes aux postes stratégiques à l'issue de la crise. Une demande particulièrement forte chez les trentenaires et chez les diplômés. Dansun climat socio-économique où l'inquiétude est forte – 85 % des Français pensent que les conséquences de cette crise seront graves –, les femmes représentent une autre perspective. « Au-delà de la question du genre, ces chiffres montrent surtout un sentiment anti-élite très fort, analyse Stéphane Rozès, directeur de CSA-Opinions. Nos élites ne nous ressemblent pas, voilà ce que semblent dire les Français, car elles ne comprennent pas ce que l'on vit. Par opposition à un système financier ressenti comme détaché du réel, les femmes incarnent la possibilité d'une nouvelle élite à visage humain, avec une valeur forte de transmission. »

"LES FEMMES N'AURAIENT PAS ÉTÉ AUSSI LOIN"
Les expertes interrogées se défendent d'une analyse sexiste, mais font ce constat : hommes et femmes entretiennent un rapport différent à la gestion du risque, au temps et au collectif. C'est aussi ce qu'avance l'étude de l'École supérieure de commerce de Nice-Sophia Antipolis (Ceram): les entreprises au fort taux de féminisation résistent mieux. Professeur de mathématiques appliquées à la finance à l'École polytechnique, Nicole El-Karoui a formé des générations de traders. « Aux postes dirigeants, les femmes s'emballent moins de manière générale, elles peuvent faire accepter plus de régulation, affirme-telle. Mais je nuance un peu ! On a manqué de principe de réalité, et prêté à des gens qui n'avaient pas un sou. Les femmes n'auraient probablement pas été aussi loin. Pourtant… quand ça gagne, il y a un moment, homme ou femme, où l'on pense que ça ne va jamais s'arrêter, où l'on perd une partie de ses références. »
Lehman Sisters aurait-il fait mieux – ou différemment – que Lehman Brothers ? Personne ne le saura. S'il est ridicule de diviser le monde en deux camps – ou en deux sexes –, la crise nous montre la nécessité de réinventer les modèles et les scénarios en y intégrant plus de femmes mais aussi, disent nos intervenantes, plus de cultures différentes, de mixité, d'ouverture au monde.

FATINE LAYT
Associée gérante d'Oddo Corporate Finance

"Les femmes n'auraient pas laissé s'étendre le marché des subprimes !"

« La crise actuelle a donné la part belle aux femmes. Angela Merkel et
Christine Lagarde ont joué un rôle fondamental ces dernières semaines.
Deux femmes viennent d'être nommées pour redresser les deux principales
banques islandaises. Enfin, la récente étude du Cernam tend à prouver que les entreprises à fort taux de féminisation résisteraient mieux à la tourmente des marchés boursiers…

Je pense que les femmes ont une gestion du risque différente. Elles font généralement passer l'intérêt général avant le leur, alors que les hommes intègrent toujours une part d'ego dans leurs décisions. Pour eux, le pouvoir est synonyme de savoir universel. Ils ne peuvent pas faillir, puisqu'ils savent. Les femmes, elles, se posent plus de questions. Elles n'auraient pas, je pense, laissé s'étendre le marché des subprimes.

Cela dit, une fois au pouvoir, elles se comportent comme les hommes! La
vraie question soulevée par cette crise est celle de la gouvernance, des banques en particulier. Elles doivent progresser vers plus de transparence et restaurer la confiance. Puisqu'il existe une croyance surévaluée – mais qu'importe – selon laquelle ces valeurs sont mieux incarnées par les femmes, profitons-en pour faire exploser le plafond de verre! »

DOMINIQUE LETTER
Présidente du Comité stratégique d'allocation d'actifs au sein de la
Compagnie financière Edmond de Rothschild

"Nous devons nous ouvrir à d'autres modes de pensée"
« Bien sûr, je pourrais vous dire que les femmes sont plus pragmatiques
et altruistes; qu=E2 elles prennent davantage en compte le collectif ; qu'elles ne sont pas uniquement dans la performance… Mais je ne souhaite pas développer cette analyse de la crise. Ce que nous vivons aujourd'hui est de l'ordre de la responsabilité collective.

Les signaux d'alerte étaient tous au rouge, mais personne, ni les banquiers, ni les régulateurs, ni les investisseurs n'a voulu arrêter le mouvement : il ne fallait pas mettre fin à la fête. Nous sommes tous responsables… et aujourd'hui, nous allons devoir trouver des solutions ensemble.

Nous devons nous ouvrir à la diversité, à d'autres voix, à d'autres cultures, à d'autres modes de pensée. Récemment, la Réserve fédérale a accordé des swaps de devises au Brésil ou à la Corée. Ces pays ont des choses à nous apprendre. Nous ne pouvons plus vivre comme avant sur un modèle bipolaire où les Éats-Unis donnaient le "la" en matière financière. Nous devons multiplier les scénarios alternatifs : que faire quand le système ne marche plus ? Cette créativité est peut-être plus féminine… »

JOSSELINE DE CLAUSADE
Conseillère d'État, rapporteur général de la Commission Attali

"Elles ont cette faculté de se redresser"
« La course au profit n'est pas une question de genre, elle fait partie
du jeu. La crise trouve surtout son origine dans la difficulté des États à réguler la loi du marché. S'il fallait vraiment établir une différence entre les hommes et les femmes, je dirais que ces dernières réagissent mieux aux situations de crise. La résilience existe aussi en économie, les États-Unis l'ont souvent montré !

Aujourd'hui de nombreux pays dans le monde ont des taux de croissance à
plus de 5%. En France, nous avons des entreprises qui sont leaders mondiaux dans les secteurs de l'énergie, de la santé ou du développement durable et qui ne demandent qu'à se développer sur ces marchés. Pour affronter la crise, il faut rester réactifs et optimistes. Les femmes ont souvent cette faculté de se redresser et d'aller de l'avant. »

MARIA NOWAK
Présidente de l'Adie (Association pour le droit à l'initiative économique).

"Elles tiennent les cordons des dépenses"
« Les hommes sont beaucoup sollicités dans les médias à propos de la crise. Pourtant, au quotidien, ce sont les femmes qui vont en être les premières victimes, parce qu'elles tiennent les cordons des dépenses. La crise est née de la cupidité d'une poignée de gens placés au plus haut niveau, qui ont continué à ignorer les effets de la bulle, malgré les alarmes. Tant que les produits rapportaient, il fallait gagner de l'argent.

Personne n'a voulu dire : "Le roi est nu." Peut-être parce qu'elles donnent la vie et la maintiennent à travers les responsabilités du ménage, les femmes sont plus raisonnables, plus sensibles aux conséquences de leurs actes sur l'économie réelle. Elles n'ont pas ce besoin de paraître ou de gagner plus que le voisin. Cela dit, les crises sont aussi des occasions de changement.

J'espère que les nouvelles régulations mèneront à une démocratisation du crédit. Il ne doit plus bénéficier à quelques-uns, mais au plus grand nombre – aux chômeurs, aux RMistes… et aux femmes! Cette année, nous aurons financé 13000 projets, dont un tiers lancé par des femmes, et je peux vous dire qu'elles remboursent leurs dettes mieux que les hommes! »

Ministre de l'Économie, de l'Industrie et de l'Emploi

"Quand il s'agit de réparer, on fait appel aux femmes"

Dans la tempête, ce sont très majoritairement des hommes qui s'expriment dans les médias. Cela vous a-t-il frappée ?Christine Lagarde.

Qu'il s'agisse du G8, du G20, des gouverneurs des banques centrales ou du ministère20des Finances, nous sommes là dans un univers très masculin, exception faite de certains pays asiatiques et nordiques (en Indonésie, le ministre des Finances est une femme, comme en Norvège). Quand j'ai voulu créer le Club des grandes argentières, il n'y avait pas beaucoup de candidates ! Il a fallu que j'élargisse le cercle, sollicitant des vice-ministres, des vice gouverneurs, etc. Dans le monde du droit, je vivais déjà la même chose – en moins accentué, tout de même.

Le fait d'être une femme parmi tous ces hommes vous pose-t-il problème ?

Dès lors que l'on a les compétences techniques, la différence et l'isolement peuvent aussi être un avantage. Quand votre voix est perchée différemment, quand votre look vous démarque, que vous ne portez pas un costume gris anthracite, on vous remarque davantage, ça peut vous mettre en lumière. Je pense notamment aux clichés pris lors de l'Ecofin de Nice (une réunion des ministres des Finances et de l'Économie européens), où tout le monde est en cravate noire, excepté moi qui suis dans un ensemble rose vif.

Dans la course au profit qui a mené à la crise , avez-vous senti un appétit différent chez les hommes et chez les femmes ?
Dans le monde des grands banquiers, il n'y a que des hommes. Il est difficile de faire des comparaisons! Je crois en revanche que les femmes ont un rapport au temps différent. La capacité d'attendre un enfant ou l'habitude de penser de façon cyclique nous donne un rapport très personnel et physique au temps. Peut-être pour cette raison sommes-nous mieux capables d'appréhender des projets dans le long
terme. À l'occasion de cette crise, j'ai souvent souligné combien la mauvaise appréhension des risques était liée au facteur temps, à son accélération. J'ai également répété que le long terme était désormais entré dans le court terme.

Cette crise peut-elle propulser plus de femmes à la tête des banques ?

Un certain nombre de travaux, à l'instar de votre sondage ou d'études
du New York Times devraient favoriser leur participation dans des
secteurs où elles demeurent minoritaires. Un point m'intrigue : ce sont
des femmes qui ont été appelées pour redresser les deux banques
nationalisées en Islande. C'est intéressant : quand il s'agit de
réparer et d'amener un peu de discipline, on fait appel à des femmes.

Aujourd'hui, il semble particulièrement intéressant d'entendre les pays
du Sud…
Ils ont beaucoup à nous apprendre, et, en 2009, la croissance viendra
de ces pays-là. Il faut impérativement tisser des liens.

Si l'économie avait été davantage tenue par les femmes, les choses se
seraient-elles passées autrement selon vous ?

Sûrement. De quelle manière ? Cela… je n'en sais rien. Il faudrait
essayer !



13/01/2009
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